L’annexe

Qui iront marchant ?

Ceux qui iront, ce seront les infortunés au sens premier, ceux à la citoyenneté orpheline et qui sont relégués au rang d’électeurs, les référendaires désœuvrés ayant compris que la lutte pour les droits civiques et sociaux n’est jamais morte mais qu’elle a muté sous une forme plus vicieuse, usant d’une prétendue démocratie égalitaire pour donner l’illusion que la caste politique est issue du peuple alors que – à l’instar des régimes monarchiques – elle s’auto génère de façon consanguine. Celles et ceux qui marcheront, ce seront avant tout ces personnes reléguées à la plèbe, ces personnes qui, même lorsqu’elles estiment vivre correctement, ne peuvent passer le mois sans regarder leur compte, et toujours avec cette légère inquiétude au fond de la prunelle – quand ce n’est pas du désespoir. Car ceux que concerne la Marche sont issus de la majeure partie de la population et vont du plus pauvre à celui qui pourrait le devenir si le « dieu » Conjoncture le désire. Mais, au-delà, peut-être serons-nous rejoints en notre sein par ces disciples du transfuge, comme le furent autrefois Jean Jaurès et Léon Blum, qui quittèrent la somnolence des nantis pour aider leurs compatriotes au motif – ô combien tourné en dérision aujourd’hui ! – qu’ils avaient des idéaux d’universalité.

Cette universalité est ce qui nous prévaudra pour écarter définitivement tous les errements aujourd’hui si courants. Nous en terminerons ainsi avec ces pseudos impératifs de sérieux et de responsabilité généralement adossé à un « réalisme politique » en trompe l’œil. Une monumentale escroquerie intellectuelle sous la forme réduite d’un slogan puéril et archaïque : « There is no alternative » (« il n’y a pas d’alternative »), psalmodié par les sectateurs de l’ultralibéralisme, tente de confiner tous les hétérodoxes – donc tous ceux qui proposent de vrais alternatives – dans la sphère des doux rêveurs. Le seul réalisme politique qui soit est déjà dans l’esprit de la population : c’est le constat d’échec des sociétés de consommation globalisées à promouvoir le bien-être pour tous et à préserver les possibilités d’un avenir serein pour nous-mêmes et nos enfants. L’irréalisable réside bien dans nos modèles de la croissance économique et démographique perpétuelle. Le vraie sérieux et la vraie responsabilité consistent à s’engager dans la voie d’une croissance éthique et régulée, de remettre l’économie au service de l’humain (que l’inverse soient en train de se produire est inconcevable et inacceptable), de cesser le gaspillage et le pillage généralisés des ressources de notre planète, d’engager nos efforts nationaux et internationaux vers de vastes travaux de sobriété et d’autonomie énergétiques, d’engager des réformes de l’éducation nationale pour qu’elle ne soit plus axée sur la performance et la compétition mais sur l’épanouissement et le respect de chacun dans son identité propre, etc. Les chemins d’une réforme humaniste et salutaire à court comme à moyen terme sont multiples et il n’appartient qu’à nous de les mettre en place et de les développer. Il existe actuellement, partout dans le monde, une multitude d’alternatives appliquées depuis des années, et ce dans tous les secteurs : démocratie, économie, éducation, environnement, transport, énergie, monnaie, urbanisme, etc. Entre ce qui existe déjà et le formidable réservoir de propositions concrètes que tous nous représentons, une grande Renaissance nationale et internationale de sociétés réellement démocratiques pourra se développer et faire face aux grands défis du XXI° siècle tout en œuvrant activement à l’épanouissement de chaque individu. La caste financière, commerciale et politico-médiatique œuvre, elle, au maintien de ses (toujours plus immenses) privilèges. Nous avons au fond deux alternatives primordiales : leur laisser complaisamment les clés de notre Démocratie, de nos vies, de notre présent, de notre avenir et de celui de nos enfants, ou bien saisir avec fermeté et détermination ces clés et devenir responsables de la société dans laquelle nous vivons… Vous aurez compris que nous penchons corps et âmes pour la deuxième voie. Nous ne crierons cependant pas au Grand Soir, prétendument accessible dès que la seule volonté d’y accéder serait présente dans la multitude, car aucune (r)évolution, si elle doit déboucher sur de nouvelles valeurs civilisationnelles, ne peut être conquise sans un important travail d’éducation, de militantisme et de préparation, sauf à vouloir que même le plus vertueux des sursauts ne débouche que sur une nouvelle imperfection, ayant alors pour socle d’argile l’action précipitée et bâclée dans sa pensée performative. Vous ne trouverez en notre sein, pour mieux le dire, ni les facilités électorales de lendemains qui chantent, ni la poursuite dans le libéralisme, seul échappatoire de notre caste politique ayant acté son impuissance à reprendre l’économie dans la poigne, qui devrait être de fer, de la politique souveraine.

La citoyenneté – contrairement à l’électorat, qui est la réduction à laquelle les politiciens nous ont soumis en nous faisant croire que cela nous rendrait la tâche facile – la citoyenneté donc n’est et ne sera jamais simple. Elle nécessite en permanence d’approfondir notre culture, nos horizons méditatifs et notre vision critique, elle prend du temps et de l’énergie, ces deux composantes qui sont aujourd’hui de plus en plus gaspillées par le travail productiviste, lequel épuise les forces individuelles, ne laissant à chacun, au sortir du labeur, que le mol échappatoire du divertissement et de l’affaissement soutenu par une pensée tout juste bonne à dériver sur les fil d’actualités remplissant les têtes de contenus prémâchés et de désinformation. Ces « renseignements » absurdes ont pour effet principal de renforcer l’anxiété et la peur qu’il peut y avoir en chacun de nous – nous invitant donc à ne rien tenter d’audacieux ou d’ambitieux – et à nous créer de nouveaux besoins inutiles. Ce ne sont ni les réflexions à 140 caractères, ni les thérapies du bonheur facile et égocentré qui forment les Citoyens, mais le travail quotidien des esprits bannissant fatigue ou paresse pour aller toujours plus avant sur la compréhension des rouages les plus complexes de notre société. Aussi déclarons-nous que ceux qui iront marchant, ce sont ceux qui conservent leur force vive, ceux qui rejettent opinions toutes faites, manichéisme, oppositions de principe et déclarations péremptoires, de sorte que nous irons guidés par deux visions : un œil empreint de la complexité de notre monde trop nuancé pour être saisi par un seul esprit humain, et l’autre œil fixé sur l’idéal d’équité, si loin mais vers lequel nous sommes décidés à aller, sachant bien que chaque pas sera laborieux et nécessitera désormais toute nos forces pour fendre la fange dans laquelle nous avons été noyés.

Qu’on se le dise : les citoyens ne sont pas ceux qui œuvrent prioritairement à leur confort et déroulent tranquillement le fil limité de leur vie jusqu’à mourir en « bonne santé », le corps intact et l’esprit vierge, mais ceux qui prennent leurs dispositions pour survivre et s’usent littéralement pour offrir à autrui ce qu’ils peuvent ne jamais avoir de leur vivant. Chaque génération a pleuré du fardeau toujours plus pesant que lui léguait ses aïeux tout en déclarant vertement ne pas avoir à remédier à ce dont elle n’était pas directement responsable, chargeant alors les enfants à venir d’un poids plus lourd encore. Si chaque génération a connu la démission face à l’ampleur de la tâche, nous sommes désormais décidés à bannir cette résignation doucereuse et prendrons sous nos efforts tout ce qui a été abandonné à la fatalité, tous les torts, les blessures ouvertes, les rancunes et les hontes silencieuses afin de clore le long chapitre de notre société faiblissante et redonner un essor – citoyen – au monde périclitant.

Actifs, bienvenue !

Les objectifs et projets de la Marche

L’abrogation de la Loi El Khomri.

Cette loi se situe dans la continuité d’une politique précédemment illustrée par la loi Macron, c’est-à-dire que, par tâtonnements successifs, ce gouvernement « social-démocrate » plie les esprits à de nouvelles acceptations. Il ne s’agit en somme que d’une inflation régressive : on fait travailler un peu plus, on paie un peu moins, on inverse le rapport de force entre la loi nationale et les accords d’entreprise, de sorte qu’année après année, les Français s’habituent inconsciemment à voir la richesse du système social disparaître. Les domaines sont multiples mais la loi El Khomri jette la lumière sur ce problème déjà ancien et, aujourd’hui, nous atteignons une charnière de notre histoire qu’il ne nous faut pas manquer.

Aussi le premier objectif de cette Marche est d’obtenir l’abrogation de cette loi. D’ailleurs, de quel bois est fait cette loi ? En voici quelques exemples :

  • La prédominance des accords d’entreprise sur les accords de branche, soit, désormais, la possibilité pour chaque entreprise de modifier les conditions de travail de ses employés avec une facilité accrue – sachant que ces accords peuvent modifier des contrats de travail pourtant déjà signés, sous peine de possible licenciement.
  • Une durée maximale de travail hebdomadaire portée de 48 à 60 heures, en cas de circonstances exceptionnelles. Libre à l’entreprise de définir ce qui est exceptionnel, bien sûr.
  • Les heures supplémentaires sont aujourd’hui majorée de 25 % pour les 8 premières, et cela passe à 50 % pour les suivantes. Avec la loi El Khomri, un simple accord peut faire chuter la majoration à seulement 10%. Un accord de branche l’interdit ? Un accord d’entreprise en fera fi, et l’aval du plus grand nombre sera remplacé par celui d’un petit groupe.
  • Le licenciement économique est grandement facilité et dépend désormais de la baisse du chiffre d’affaire sur un nombre variable de trimestres selon la taille de l’entreprise. Ajoutons à cela qu’une entreprise de grande taille également implantée à l’internationale pourra procéder à de faciles licenciements sur le territoires si le chiffre d’affaire a baissé, et ce même si le bénéfice de l’entreprise est positif. Un dégraissage facilité des salariés jugés facultatifs, en somme.
  • Et l’on pourrait continuer ainsi sur des pages, notamment sur les petites formalités comme la remise des fiches de paie. Si, avant, il revenait à l’employeur de demander afin d’obtenir une modification des procédures, c’est désormais à l’employé de songer à demander s’il veut obtenir ce qui lui serait dû en temps normal.

Il existe certes des contraintes pour l’entreprise mais elles méritent à peine ce nom. Car quel salarié licencié pour avoir refusé un accord ayant modifié son contrat – qui devrait pourtant ne pas pouvoir être réécrit – aura la naïveté de croire que la formation spécialisée avec Pôle Emploi qui lui est promise changera quoi que ce soit. Voyez donc l’état de l’ancienne ANPE, où trouver un emploi digne relève de la chasse au trésor la plus utopique… Et qui donc osera objecter que les employés sont libres de refuser de faire des heures supplémentaires ou peuvent refuser certains aménagements quand nous savons que la direction pèse déjà, avant même l’application de cette loi, sur la multitude des employés précaires. Car, aux yeux des actuels décideurs, tout refus n’est issu que d’une mauvaise volonté, et allez donc vous plaindre devant la porte du recruteur qui se ferme…

Au-delà de la loi El-Khomri, le refus de la direction ultralibérale et permissive pour les « puissants » qu’emprunte allègrement notre société.

Faisons le compte : depuis les seules deux dernières présidences, combien de matins à apprendre par voie de presse les nouvelles révélations dénichées dans les fourre-tout honteux de nos élites ? Combien de fait divers scandaleux, comme le cas d’Agnès Saal, haut fonctionnaire démissionnant de son poste pour des frais de taxi payés par les fonds publics, et dont le montant est supérieur au salaire annuel d’un Français dit moyen, avant de retrouver un poste doré au ministère de la culture ? Combien de fraudes à grande échelle, de corruptions, de copinages et d’actions de carriérisme découverts chaque jour ? Mais ces aberrations répétitives émaillent si bien notre quotidien que nous en perdons notre force d’indignation, incessamment sollicitée, toujours diluée dans ce qui n’est plus qu’un long fleuve de boue, au point d’en oublier qu’il devrait être d’azur et d’en perdre parallèlement notre conscience que ce qui s’étale chaque jour devant nos yeux est intolérable. Si nous voulons reprendre en main notre souveraineté, il ne faut pas oublier !

D’ailleurs vous souvenez-vous du 29 mai 2005 ? La France fit figure de mauvais élève car le référendum qui s’y déroula eut pour conséquence un non retentissant au traité établissant une constitution pour l’Europe (seuls les Pays-Bas, peu après, arrivèrent au même résultat), de sorte que la volonté des référendaires français empêcha l’Union européenne de se pourvoir d’une constitution que nous jugions néfastes (depuis, l’histoire nous a déjà donné raison). Face à cela, une constitution remaniée vit le jour avec le traité de Lisbonne mais elle ne différait en réalité que sur quelques points de forme et restait une Constitution technocratique en faveur de la dérégulation de la finance et du commerce internationale et au détriment des grands dispositifs sociaux et des services publiques qui ont été durement acquis et qui appartiennent de plein droit à chaque citoyen et à chaque citoyenne de notre nation. Elle fut cette fois votée par voie parlementaire le 8 février 2008 au nez et à la barbe du peuple Français !.. C’est ainsi en politique de nos jours, quand un texte rejeté par le peuple reçoit pour tout commentaire que « les Français n’ont rien compris », « qu’on leur a mal expliqué », et qu’à peine trois ans plus tard, l’assemblée de nos soi-disant représentants fait passer discrètement ce qui a été refusé auparavant. Trois ans ! Trois misérables années pour trahir sans en être inquiété une volonté populaire somme toute exprimée de façon démocratique ! C’est ce qu’on appelle la « démocratie cause toujours »… Mais le récit ne s’arrête pas là car, pendant les « débats », la gauche, notamment la gauche de droite: le Parti Socialiste, formula son opposition à ce qu’elle appelait un « déni de démocratie », le tout sous la houlette d’un dénommé Jean-Marc Ayrault, qui vitupéra contre la Droite.

Néanmoins, si cette « gauche » ultralibéraliste proposa des mesures pour faire annuler ce vote, elle le fit de façon diluée et fractionnée afin que les tentatives échouent… car il n’était pas de socialistes, sinon quelques rares exceptions, qui désiraient alors que la procédure d’empêchement aboutisse !.. Et ces « tentatives » échouèrent. Et c’est ainsi que les « socialistes » se refirent une vieille virginité en s’affichant comme défenseurs du peuple tandis qu’ils jouissaient tout bas à l’idée de voir cette constitution honnie entérinée !

Alors, ne croyez pas que la Droite et le Centre, qui ont lancé la motion de censure ces derniers jours, aient réellement voulu qu’elle aboutisse. Ce dont ils rêvent, le PS le fait, et ils passeront derrière lui pour aller toujours plus loin dans leur dérive ultralibérale, car leur appétit augmente avec les concessions qu’on leur jette pour les rassasier. Ne croyez pas non plus que ce soit le hasard si les frondeurs ont refusé, au nom de leurs idéaux, à voter la motion de censure. La Droite a jeté ses derniers oripeaux gaullistes, la pseudo Gauche a cessé de cacher honteusement son amour coupable pour l’économie de marché et le libéralisme triomphant. C’est pourquoi nous tous qui voyons se multiplier le déni de nos idées, de nos valeurs et de notre représentativité individuelle – notre légitimité même à prendre notre part de décision –, nous voici obligés à prendre en main la politique nationale malgré cette caste politique. Nous lui refusons désormais le statut démocratique dont elle se targue effrontément mais avant tout en bâtissant hors d’elle. Non pas à côté, en parallèle, mais bien en dehors de leurs juridictions afin que nos œuvres prennent la place de la chimère qu’ils s’efforcent de procréer.

Il vous en faut plus ? Soit.

Puisque nous avons évoqué l’Union européenne : lorsque Syriza remporta les élections en Grèce, l’un des grands argentiers de l’Europe, M. Wolfgang Schäuble déclara que « les élections ne changera[ient] rien ». Cet odieux personnage ainsi que Madame Merkel pesèrent de tout leur poids (lourds) pour tordre le bras, humilier et piétiner froidement le parti Grec et ses revendications, le peuple Grec lui-même et la Démocratie dans son sens le plus noble et dans son application concrète… Au passage notre cher Président joue le prétendu « conciliateur » mais dans un seul et unique objectif: que le parti Grec se soumette à tous les aboiements du duo infernal Merkel-Shäuble et de la troïka. Il s’arroge le rôle du « bon » flic dans le tandem « bon flic – mauvais flic ». Une touchante illustration de cette beau tandem franco-allemand dont on nous fait la publicité en toute occasion (hypnose collective oblige) ; merveilleux couple, donc, uni par les liens de l’ultralibéralisme sauvage. Quoi qu’il en soit, le parti Grec plia et à cette occasion donnons une belle salve d’applaudissement à notre Cher Président pour son aide précieuse dans la destruction toujours plus avant des conditions de vie du peuple Grec…

Encore en Europe : l’actuel président de la Commission européenne – celle-là même qui devrait représenter les peuples de chaque pays – est Jean-Claude Juncker, ancien ministre des finances luxembourgeois de 1989 à 2009, soit pendant 20 ans. En novembre 2014 éclate le « LuxLeaks » (Luxembourg Leaks) dont le scandale n’inquiétera guère le Luxembourgeois, pourtant au commande à l’époque du ministère qui était sensé lutter contre l’évasion fiscale.

En Europe, toujours : en avril 2016, publication des Panama Papers au sein desquels nous découvrons un énième et gargantuesque système de fraude impliquant des hommes et des femmes de tous les milieux de pouvoir (industriel, politique, médiatique, etc.). Afin qu’ils puissent continuer à frauder impunément, une loi renforçant le secret des affaire est votée par l’UE le 13 avril ! Un tel culot laisse pantois !.. Mais pas pour longtemps…

Et revenons en France avec le double usage du 49.3 pour les lois Macron puis El Khomri, lesquelles sont justement deux lois rejetées par l’opinion populaire, qui y voit nettement la marque de l’ultralibéralisme et la destruction d’un système social français ayant peu de semblables dans le monde ; non pas parce que ce système échoue mais parce qu’il demande une pratique politique noble, réellement démocratique et républicaine, donc souveraine.

Il y a un siècle – soit hier –, les Français se battaient pour les droits des travailleurs, pour avoir une voix nationale, pour être les acteurs de la société. Las, les guerres et les troubles ont emporté la moitié du siècle, et il n’a pas fallu que l’autre moitié se passe pour que nous assistions à la décomposition d’une XXe démocratie qui cherche toujours à naître mais avorte à chaque décennie. Aujourd’hui, il n’y a même plus l’illusion de l’espoir démocratique tandis que nos dirigeants témoignent sans vergogne du mépris qu’ils ont pour nous. Nous les « sans dents » (dixit l’actuel président de la République), nous les « sans cerveau » (dixit le précédent président de la République), nous « la chienlit » (dixit les actuels parlementaires de l’Assemblée et du Sénat sensés nous représenter) lorsqu’ils parlent de celles et ceux qui participent à ces forums démocratiques que sont les Nuits Debout. Sachez également amis cinquantenaire que si vous n’avez pas encore une Rolex à votre poignet, vous avez raté votre vie (dixit Mr Séguéla, publicitaire de « haut vol » et expert en communication pour les campagnes des « socialistes » François Mitterrand et Lionel Jospin). La liste des horreurs, mensonges et fausses promesses que nos chères « élites » sont capable de proférer remplirait un annuaire entier… Qui ne sort pas de l’ENA ou de quelque prestigieuse école de formatage n’a pas de sang bleu et ne saurait jamais obtenir la compréhension de notre société. A ciel ouvert, ils déclarent que nous ne pouvons savoir ce qui est bon pour nous et que nous verrons, contraints et forcés si nécessaire, que leur monde libéral sera plein de rêves. Prenons acte, nous sommes déclarés déficients, abêtis, incapables, et mis sous tutelle.

La démission du gouvernement

À quelques exceptions près, une large majorité de la classe politique a démontré son incapacité à préserver et à développer le bien-être de la population. Il est toujours plus évident qu’elle ne s’en préoccupe pas et qu’elle poursuit méthodiquement ses propres intérêts. Elle l’illustre par son attachement à des dogmes du siècle, en particulier la dérégulation des finances et la suprématie du commerce international, à une XXe vision uniquement mercantile des rapports humains et diplomatiques. Ainsi ces politiciens ont-ils fait de la compétition et de l’austérité leur cheval de bataille, et c’est une véritable course à qui restreindra le plus le budget national. Entre les 40 milliards du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) et toutes les tactiques de campagne qui fleurissent déjà en exhalant des promesses de réduction des dépenses publiques de parfois plus de 100 milliards d’euros, il apparaît nettement que tout le secteur public, aujourd’hui encore développé, sera mis en pièces dans les années à venir. Car l’austérité est la seule rengaine que connaissent ce groupuscule financier, politique et affairiste, mais savez-vous pourquoi ? Parce qu’elle est la seule qui permet de justifier les sacrifices toujours plus imposants sur les contribuables qui n’ont d’égaux que les colossaux cadeaux accordés aux grosses entreprises et aux acteurs les plus privés de ce système économique globalisé (le CICE, pour ne citer que lui: 40 milliards offerts en échange d’une gentille promesse entre amis, pour la forme, de créer un million d’emplois, avec, au final, l’absence de résultats que l’on connait). Les voies inverses – reprise en main de l’économie, contribution des entreprises au bien commun, etc. – nécessiteraient en effet rien moins que des décisions opposées en tout point à la politique mondiale actuellement à l’œuvre. Parlera-t-on des lobbys qui pullulent autour des oreilles des actuels décideurs attentifs à ces derniers ? Des projets pharaoniques de parcs et d’aéroports qui, pour créer quelques milliers d’emplois, mettront en saccage définitif d’immenses zones naturelles irremplaçables ? De la pression fiscale toujours plus répressive envers les fraudeurs d’en bas (souvent par nécessité de survie) et toujours plus allégée pour ceux d’en haut (dont la rapacité suit la courbe de leurs richesses) ? La caste politicienne n’innove plus depuis bien longtemps, ne prévoit plus, ni ne dirige. Elle suit les modèles (mantras) ultralibéralistes qui tirent les pays et la planète vers leurs fin ; elle bâti ses actions via des grilles de lecture et des sondages qui ne laissent à voir que l’immédiateté et non le long terme ; ils se contentent de gérer le patrimoine public qu’ils soldent chaque année pour présenter un bilan comptable faussement positif et espérer être réélus sur cette supercherie. Soit dit en passant, sachez que chez ces gens-là l’impératif primordial de nos sociétés et de notre siècle serait de rembourser les sacrosaints investisseurs (à prononcer avec un tremblement dans la voix) et d’avoir des bons points de nos amis les agences de notations. En regard de tels enjeux les problématiques sociales et environnementales sont plus que secondaires… Nous ne saurions disparaître en tant qu’espèce avant d’avoir remboursé Goldman Sachs jusqu’au dernier centime n’est-ce pas ?.. Question d’honneur. En parlant d’honneur, leur gouverne et leurs inepties nous font oublier par quels impératifs de solidarité et de coopération notre société a pu réaliser ses plus grands travaux. Travaux systématiquement vendus au rabais aux ou dépecés par les activistes frénétiques de la compétition généralisée de tous contre tous. Notre culture même est envahie par la compétition et le culte de la performance au détriment de la solidarité et de la coopération qui constituent pourtant les valeurs fondamentales de notre nation – Liberté, Égalité, Fraternité… vous vous souvenez ? Ce qui fait que la France est France. Aujourd’hui, il n’est plus un foyer, hormis quelques miraculés, où les parents, sans y voir à mal, ne forment pas leur enfant à faire toujours mieux que les petits camarades, à être toujours devant afin d’empocher plus tard l’hypothétique sésame : le CDI, notre Saint-Graal, la carotte agitée sous notre nez comme la promesse d’un confort bannissant la simple survie et créant l’illusion de la satisfaction future de pulsions de consommations toujours plus nombreuses et jamais rassasiées… Le bonheur quoi… Version rêve américain. Et où est le Français dans tout ça? Eh bien le français on le veut justement américain (compétition et consommation), voire chinois (compétitivité oblige) et obnubilé par le rendement salarié. A l’échelle plus générale de l’État, que penser, dans la patrie des droits de l’Homme et de la Démocratie, d’un gouvernement qui fait des pieds et des mains pour vendre des rafales, donc des engins de mort ultra-
sophistiqués, à une dictature radicale telle que l’Arabie Saoudite ? Les droits du commerce et de la compétition seraient-ils au-dessus des droits de l’homme ? Bien entendu (OMC oblige). Ce n’est plus un secret pour personne. Mais somme nous à ce point cynique, lâche et dépendant de l’or noir saoudiens pour nous assoir tous frétillants sur nos valeurs les plus fondamentales ?

À cette débâcle du courage politique nous pouvons ajouter la guerre psychologique des mots-écrans de fumée insidieusement engagée depuis longtemps maintenant. Des exemples ? « Compétitivité », derrière ce gros mot se cache des salaires au rabais et, plus largement, la paupérisation des classes moyennes et le creusement des inégalités sociales. La fameuse « souplesse » des entreprises ? Généralisation des contrats précaires et licenciements facilités. Derrière un « plan social » se cache des licenciements et les « plans de sauvegardes de l’emploi » amènent à l’exact opposé: des licenciements économiques de masse. Sachez également que si vous êtes petit contribuables vous êtes passibles de faire de l’évasion fiscale, mais si vous êtes une multinationale, une banque, un groupe d’investisseurs ou un riche propriétaire vous ne faites que de l' »optimisation fiscale » (et certains de nous affirmer la main sur le cœur qu’il ne s’agit là que d’impératifs de compétitivité !). La liste est longue et ne saurait être exhaustive mais nous ne saurions passer à la suite sans mentionner ce fantastique néologisme qu’est la « flexisécurité ». Ah la flexisécurité… Un rêve fantastique où nous pouvons ménager la chèvre et le choux. Où le libéraliste peut faire les poches du salarié sans que celui-ci en éprouve le moindre inconfort. Amusons nous à inventer chez nous des mots du même acabit: « le hautbas », le « journuit », la « guerrepaix »… Essayez, vous verrez c’est très divertissant. Sachez qu’il est des experts en communication de haut vol payé très cher pour pondre de tels slogans. Un des principes dans le mensonge d’état est que plus c’est énorme et mieux ça passe… Nous voyons là la malhonnêteté toujours plus flagrante de nos « élites ». Si nous sommes conscients qu’ils nous font passer des vessies pour des lanternes, somme nous prêts à appeler un chat un chat et à mettre un grand coup de torchon ?.. Ne pas sombrer dans le « tous pourris » nous raillent-ils ? Grand dieux ! Mais mettez-y du vôtre ! Cessez donc de rajouter de la boue à de la boue… voilà une sacré utopie !.. Mais ne perdons pas le rythme, rajoutons-en encore et évoquons une (autre) promesse non tenue: la farce du siècle de notre cher Président de la République ayant pour titre: « L’ennemie jurée de François Hollande: la finance ! », et pour sous-titre : « Wall Street et la City n’ont qu’a bien se tenir… » Que dire de plus également sur le traité de Lisbonne de 2008, ce crachat injurieux à la face des citoyens de France qui avait voté contre cette constitution européenne par référendum en 2005 – à ajouter à la longue liste des flagrants dénis de Démocratie. Nous pouvons aussi parler du carriérisme pathétique et du spectacle navrant offerts par ces pseudos écologistes de haut vol prêt à toutes les compromissions pour obtenir un poste de choix : ainsi les actuels ministres Emmanuelle Cosse et Jean-Vincent Placé, et la secrétaire d’État Barbara Pompili soutiennent tous l’usage du 49.3, mais s’y opposaient lors de son usage lors pour la loi Macron en 2015 ! Pourquoi ? Mais parce qu’ils étaient respectivement secrétaire nationale, sénateur et députée à ce moment ! Ah, et François Hollande lui-même conspuait cette procédure constitutionnelle et antidémocratique avant d’en faire allègrement usage pour son propre compte. Voici donc des gens qui condamnent une pratique… Puis la pratiquent eux-mêmes moins d’un an après ! Magistral !

Quel destin futur pourrons-nous fixer tant qu’au-dessus de nous s’ébroueront les pires manipulateurs et les pires girouettes qui soient ? Il n’est pas assez de place ici pour exposer toute la malhonnêteté du gouvernement, que nous pousserons à la démission.

L’élaboration et mise en application d’une Constitution citoyenne.

Tout d’abord, parlons du contexte national : la V° République. En rupture très marquée avec la tradition parlementaire de la France, la constitution et les institutions de la V° République ont été créés et mis en place dans le but d’octroyer des pouvoirs considérables à l’exécutif au détriment des citoyens, des citoyennes et de ceux qui sont sensés les représenter à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Nous voici donc dans un régime gentiment nommé « semi-présidentiel » ou le Président de la République avec son ou ses gouvernements font pendant cinq ans ce que bon leur semblent quel que soient les conditions de vie et les ositions prises par le peuple Français pour lequel ils sont sensés travailler. Ce sont bien les aberrantes institutions de cette V° République qui permettent ainsi à une minorité d’Enarques d’utiliser l’odieux et ô combien antidémocratique 49.3 ! Et ce en dehors de toute situation de guerre. Uniquement pour faire passer en force une loi ou une autre qui sert leur propre intérêt. Ces institutions sont par elles-mêmes un déni de démocratie car elles parviennent à vider de sa substance même la version représentative de la Démocratie !.. Cette V° République était, en 1958, taillée sur mesure pour un Général de Gaulle en plein crise de la guerre d’Algérie mais elle est, presque 60 ans après, totalement obsolète. C’est une raison supplémentaire, et pas des moindre, de mettre en place une constitution citoyenne, de faire progresser notre Démocratie et de changer de République.

Ce contexte national, où la Démocratie est plus qu’affaiblie, s’inscrit dans un contexte international, lui-même fervent prédateur de tout ce qui pourrait l’empêcher de commercer et de faire des profits. Aujourd’hui, constitution (celle de l’Union Européenne), traités et réformes sont décrétés au profit de normes économiques entrelacées dans le grand réseau mondial de l’ultralibéralisme, tandis qu’une place toujours moindre est dévolue aux droits les plus fondamentaux. Ni nos dignités, ni l’obligation démocratique ne trouvent grâce aux yeux de ces « décideurs » qui invoquent une  rétendue urgence de nous précipiter aveuglément et toujours plus avant dans la plus sauvage des économies de marché. Les populations de France, d’Europe et du monde ainsi que toute la biosphère planétaire sont malades de l’ultralibéralisme et la solution de nos « brillantes élites » politiques serait… encore et toujours plus d’ultralibéralisme ! Ainsi, et pour le dire autrement, la solution pour la Tour de Pise est de rajouter toujours plus d’étages et de mettre du papier peint dans chaque pièce… Voilà qui relève du génie pur est simple. Puisque nous parlons de génie, évoquons cette phrase d’ Albert Einstein: « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent », ou encore André Frossard : « Quand un gouvernement se trompe, il n’a qu’une solution : persévérer dans l’erreur ». S’agit-il alors d’incompétence ? Pour une partie d’entre eux, les plus ingénus, probablement. Ou serait-ce aussi ou plutôt du cynisme ? Devant tant d’absurdités et de dispositions prises toujours en faveurs des « puissants », il serait inconscient de ne pas réaliser qu’ils suivent leur propre agenda. Et que cet agenda sert bien évidement leurs intérêts « propres » et ne prétend se préoccuper des notre uniquement lorsqu’il s’agit de nous brosser dans le sens du poil au moment du grand carnaval présidentiel tous les cinq ans… Sauf si ils savent à l’avance qu’ils ne seront pas réélus. Ce qui est le cas de ce gouvernement. Ainsi, lorsque qu’ils n’ont plus à se préoccuper de leur côte de popularité qui ne saurait sortir des infinies abysses dans lesquelles elles s’est enfoncée, ils peuvent sans regret ni vergogne imposer tout ce qui sert leur intérêt.

Il est donc grand temps de mettre un ferme coup d’arrêt à leur projet destructeur et de fixer définitivement les lois fondamentales qui régiront notre société, sans quoi la marchandisation des biens et des personnes, du matériel et de l’immatérielle, continuera jusqu’à nous engloutir dans les rayons d’un monde-supermarché.

Une nouvelle Constitution, donc, mais comment ?

D’abord, une évidence : cette Constitution ne pourra être issu de représentants, elle devra être actée par tout un chacun après une vaste concertation nationale et la circulation des idées à travers tout le pays, de sorte qu’elle aura pour essence les normes les plus humanistes et démocratiques qui soient. Ensuite, et c’est là que ça se complique, l’établissement d’une Constitution riche de l’intelligence collective et des nouvelles avancées intellectuelles ne saurait être précipitée. Dès lors que la procédure commencera, il faudra que chaque citoyen et chaque citoyenne le reste, dans le sens premier du terme, et s’accroche jusqu’au bout afin de ne pas céder sa place à d’autres trop heureux de reprendre le rôle de représentant et de s’arroger ainsi un pouvoir sur les autres.

Une solution est de mettre en place dans chaque localité, un point de rassemblement où chacun pourra entendre, débattre et faire ses propositions sur une ou plusieurs des thématiques régissant notre société. Des groupes de travail par thématiques pourront être formées pour creuser un sujet et apporter des propositions novatrices. L’ensemble des débats amèneront à un ensemble de propositions. La sève intellectuelle ainsi formée sera acheminée en un point central où de grands débats publics seront tenus par des citoyens et citoyennes sélectionnés au tirage au sort dans les différentes catégories socioprofessionnelles de notre nation. Ces débats seront audibles de tous, retransmis en direct sur internet ou à la télévision et soumis à chaque séances aux questionnements de la population. Les outils de communications de masse, avec le calibrage adéquat, nous fourniront une aide précieuse pour ce grand processus démocratique. Une fois la Constitution Citoyenne rédigée, elle sera soumise à un référendum national et appliquée si elle est validée par la majorité des votants.

Les modalités de la Marche

Une Marche pacifique

Dans le sillage des quatre exigences primordiales de la Marche, l’objectif est également d’investir la capitale avec nos propositions concrètes pour notre Démocratie et pour notre société. De plus, et c’est fondamental, notre Marche sera pacifique et s’en donnera la volonté et les méthodes. N’en déduisez pas là que nous soutenons la paix sociale, concept qui veut maintenir les foules dans un état de résignation, de silence et d’inaction, ou que nous réprouvons la violence quand elle est la protestation désespérée face à l’échec de tout autre moyen de médiation, ou la force fondatrice qui construit le progrès démocratique sur les ruines de la médiocrité institutionnelle. Néanmoins, nous nécessiterons toutes nos forces vives pour théoriser et bâtir la société que nous voulons. Société que nous ne nous contenterons plus seulement d’appeler de nos vœux.

Aussi marcherons-nous pacifiquement afin de nourrir notre réflexion, d’enrichir nos propositions de celles collectées chemin faisant et ainsi, lors des constituantes, fournir un matériau riche pour construire le monde qui viendra après la lutte.

S’il faut vous convaincre, nous vous adressons quelques exemples de ces événements pacifiques qui modifièrent en profondeur les sociétés qui les vécurent :

  • En 1909, la Women’s Tax Resistance League militent pour le droit de vote des femmes. Leurs méthodes de résistance fiscales dévoilent l’injustice de leur situation, et les femmes obtiennent, en 1928, un droit de vote similaire à celui des hommes ;
  • En 1930, Gandhi débute une longue marche protestant initialement contre la taxe sur le sel qu’acquittent tous indiens aux colons britanniques. Cette grande marche initie un vaste mouvement de lutte pacifique que permettra à l’Inde de gagner son indépendance, s’affranchissant ainsi de la domination de l’Empire colonial Britannique ;
  • en 1961, les Freedom Rides permettront d’obtenir l’abrogation des lois ségrégationnistes dans les États du Sud des États-Unis. Les militants commencèrent ce mouvement en étant 13, avec une réussite actée par l’Histoire ;
  • en 1964, Martin Luther King devient le plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix pour sa lutte non-violente contre la ségrégation raciale et pour la paix ;
  • depuis 2011, le Mouvement des Indignés, en Espagne, multiplie les marches pacifiques. Exprimant avec force la nécessité fondamentale, que chacun de nous peut ressentir, de réformer, voire de transformer nos sociétés.

L’histoire nous inspire notre Marche et nous l’accompliront avec la même détermination, la même volonté de réforme et de transformation humaniste de notre société.

Notre action pacifique est également celle du rassemblement et de l’union. Plusieurs points méritent toutefois d’être établis une bonne fois pour toutes: d’une part nous sommes en lutte totale avec les dogmes de l’ultralibéralisme, et d’autre part nous condamnons fermement la misogynie, le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie. Ce cadre constitue les limites de notre ouverture. A l’intérieur de ce cadre, tous citoyens et toutes citoyennes qui veulent agir dans la défense et le progrès de leur Démocratie sont les bienvenus. Il ne s’agit plus là d’une manifestation de gauche ou de droite mais d’une action de longue haleine initiant un changement profond dans la direction de l’épanouissement de chaque individu, du respect de notre unique habitat – la Terre –, et de la domestication de l’économie à notre service et à celui de notre planète.

Dans cette optique d’action nationale et universelle, les codes et symboles de la Marche seront les attributs historiques des Citoyens, de la Révolution Française et des luttes pour la Liberté, la Démocratie et la République. Les voici :

Le bonnet phrygien

Si l’esthétique peut être remise en question, les symboles sont clairs : copie du pileus qui coiffait les esclaves affranchis affirmant leur liberté au temps de l’empire romain, le bonnet phrygien a été repris par les révolutionnaires français afin de mettre en avant la détermination des plus audacieux dans l’établissement et la défense de la République.

Aussi ne s’agit-il pas, pour nous, de copier stupidement les révolutionnaires. Le bonnet phrygien n’est pas un déguisement mais un rappel. Non pas des violences de la Terreur, ni de la destruction, pierre par pierre, des façades les plus évidentes du pouvoir, mais de l’état d’esprit duquel nous nous réclamons après en avoir perdu l’usage pendant si longtemps : le tempérament révolutionnaire. Pas celui qui ne sait que briser, mais celui mue par la volonté de faire de la politique au sens noble du terme. Plutôt que la stagnation, nous préférons le déséquilibre qui entraîne dans la poursuite de la civilisation, de la citoyenneté et dans la prise de risque sans laquelle aucun projet de grande ampleur ne peut être réalisé. Nous bannissons la professionnalisation du milieu politique avec ses grilles de lecture étriquées et autocentrées et son impasse sécuritaire et autoritaire. L’Europe des monarchies était figée quand les révolutionnaires agirent. Le peuple de France s’est ainsi démarqué de tous les autres peuples en dérangeant l’ordre établi pour fonder ce qui n’était encore jamais advenu sur le continent: une République démocratique. Et, cela, ils le firent en mettant en jeu le peu qu’ils avaient, au risque de le perdre, dans une tentative aboutie d’obtenir mieux que l’horizon médiocre qui leur était promis. Détail important, le bonnet prenait son entière symbolique lorsqu’il ornait le haut d’une pique. Image d’une violence révolutionnaire ? Certes non car cela représentait de concert liberté et civisme. On peut ici voir qu’une arme brandie par des mains populaires n’est pas toujours un instrument de mort mais l’affirmation d’un instinct citoyen oppressé mais en cours de libération.

Alors ces bonnets sont le rappel que nous pouvons entretenir fièrement la mémoire de ces citoyens et de ces citoyennes, qui se sont battus pour l’avènement de la Démocratie, en devenant nous-mêmes activement Citoyens. Renouons avec notre vitalité et bannissons nos peurs, petites et grandes. Bannissons également cette résignation de l’esprit qui consiste à tout accepter pour conserver un peu plus longtemps ce que l’on nous volera tout de même plus tard. Ces bonnets seront de nouveau l’apanage du Citoyen, et nous les porterons avec fierté.

La Marseillaise

Comme pour la plupart des symboles, les interprétations et réinterprétations successives peuvent mener à une désacralisation, ce qui est actuellement le cas. En étant devenue l’hymne nationale, La Marseillaise est souvent présentée comme au mieux une partie constitutive de l’ordre établi, au pire un chant purement  nationaliste et vindicatif. C’est oublier là le contexte du symbole. La République n’était pas née et laissait encore la place à la monarchie constitutionnelle que les révolutionnaires avaient instauré à la place de l’ancien régime lorsque l’échec de la fuite à Varennes compléta la série d’événements qui poussa l’Autriche et la Prusse à envahir la France en 1792. Pour la première fois, les armées révolutionnaires livrèrent une guerre véritable, et c’est à cette occasion que des volontaires marseillais apportèrent avec eux La Marseillaise, chant issu de l’esprit de Rouget de Lisle, afin de mettre en mot les évènements historiques qui se déroulaient. Durant leur grande Marche entre Marseille et Paris, les Marseillais diffusèrent ainsi ce futur hymne au sein de la population, clamant haut et fort qu’ils défendraient leur pays mais refuseraient à l’Europe, effrayée par la Révolution et la Démocratie, la possibilité d’abolir leurs efforts. La même année, la bataille de Valmy stoppa les armées étrangères et permit à la Révolution Française de se poursuivre et à la Démocratie de s’installer, débouchant ainsi sur l’instauration de la République. Par conséquent, c’est en connaissance de cause que nous prônons le retour de La Marseillaise dans les modalités d’expression populaire. Certes, nous n’avons pas pour ambition d’abreuver nos sillons de sang impur – une lecture purement littérale de ce chant serait une erreur – mais nous désirons réhabiliter sa signification véritable car c’est bien une Révolution que nous allons initier. Une nouvelle Révolution Française, farouchement républicaine dans son devenir, et la défense d’un peuple cherchant sa souveraineté face aux injonctions d’une Europe et d’un système mondial en désaccord radical avec nos principes les plus fondamentaux. Gageons également que les séides gouvernementaux seront bien en peine d’expliquer par leur démagogie habituelle l’usage renouvelé de ce chant révolutionnaire.

Les participants

Pour cette marche, le critère le plus discriminant évoqué est celui d’être Citoyen, c’est à dire le désir de faire, et non de subir. Par conséquent, quiconque en a l’énergie peut participer et participera. L’idée initiale est bien sûr de partir de Marseille pour aller à Paris mais, du fait de la durée et des coûts potentiels, nous savons bien que des limites matérielles contrarieront certaines bonnes volontés, d’autant plus que le citoyen n’est généralement pas riche, contraint par son travail, par quelque prêt à rembourser, dette ou, plus simplement, vie familiale. Mais que ceux qui ne pourront tout accomplir se rassurent : il est possible et par ailleurs bienvenu de nous rejoindre au moment et sur la distance souhaités, et il n’y aura pas de comptabilisation pseudo-méritocratique des efforts investis par chacun dans cette œuvre commune.

Si vous pouvez tout faire, faîtes-le.

Si vos moyens ou votre temps sont limités, agissez dans ces limites.

Si vous êtes sympathisant de cet essor citoyen, soutenez-le autant que faire se peut.

Marcher, et bâtir en marchant, voilà le but. Mais si, pour une quelconque bonne raison, vous ne pouvez prendre la route avec nous, tout apport, toute aide (vivres, douches, logis, etc.) sera aussi précieuse que l’action elle-même.

En bref : faîtes ce que vous pouvez, tout ce que vous pouvez.

Déclaration de détermination

Nous ne reculerons ni devant ce gouvernement, ni devant les forces de l’ordre établi, ni par ailleurs devant le terrorisme. Notre démarche est citoyenne, pacifique, constitutionnaliste et démocratique. Nous avons bien compris – par et au-delà du 49.3 – le mépris affiché de ce gouvernement pour les convictions des citoyens de France, et du monde politique en général, supposé nous fournir nos représentants mais aussi des serviteurs intègres de notre nation.

Par conséquent, et quels que soient les risques invoqués – ordre public, sécurité ou état d’urgence – par un gouvernement purement auto-représentatif, la Marche et l’occupation qui suivra auront bien lieu, et ce jusqu’à la satisfaction de nos quatre plus grandes exigences de façon officielle. L’élaboration de notre démocratie n’a plus à souffrir la moindre attente, et ce malgré l’usage, par nos puissants faibles d’esprit, de la diffamation, de l’intimidation, des invectives, des menaces ou des violences. Ces stratagèmes, couramment utilisés pour le maintien de la léthargie généralisée profitable à ces « élites », seront bannis afin de reprendre dans nos mains et nos esprits l’élan civilisationnel sans lequel nous perdrons tout et avec lequel nous pouvons tout.

Nous déclarons ardemment notre Citoyenneté, qui ne craint ni l’opprobre, ni la matraque, ni l’attentat. Nous devons insister sur ce dernier point: si nous sommes victimes d’un attentat et ainsi forcé de quitter les lieux momentanément, nous reviendrons au plus vite occuper ces mêmes lieux. Nous incarnerons ces quelques mots si souvent brandis suite aux attentats de Paris: « Même pas peur ». Nous ne céderons effectivement pas à la peur, désormais responsables de nous-mêmes et de notre société, dans son passé comme dans son présent bâti, nous occuperons le Champ de Mars en masse et ne céderons pas un pouce de terrain tant que la société nouvelle n’azurera pas notre horizon.